ROUE LIBRE

panorama_02 modOlivier Gredzinski invite ses anciens étudiants diplomés de l’E.S.A.P de Monaco : Fanny Lavergne, Rémi Lesterle, Tristan Ligen à expérimenter ROUE LIBRE , leur première exposition collective à l’Espace GRED.

 

ROUE LIBRE

Vernissage le 27 mai 2016 à 18h

Exposition du 28 mai au 26 juin 2016

Nocturne-finissage le 25 juin.

 

Roue Libre: https://www.facebook.com/Roue.Libre.Gred/

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Roue Libre

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Dernier train Nice-Monaco

Nice Riquier – Villefranche-sur-Mer – Beaulieu-sur-Mer – Eze – Cap d’Ail – Monaco Monte-Carlo

Encore une fois, elle était montée dans un train pour aller à Monaco, un train souvent numéroté 881107, 86011 ou 881109, un TER PACA, une région où la ponctualité des trains est plutôt un coup de chance.

– « Combien de fois ai-je pris ce même trajet et combien m’en reste-il encore à faire ? » s’était-elle demandée en jetant un dernier coup d’œil sur la mer Méditerranée avant que l’obscurité du tunnel ne la dévore.

C’était l’été dernier, fin juin, après le diplôme, avant le tout et le rien.

Le tout et le rien.

L’idée que « tout est possible mais rien n’est certain » l’intriquait, l’angoissait, lui pesait mais en même temps la fascinait, l’excitait, la poussait à oser prendre n’importe quelle direction… À cette époque, elle s’était mise à écouter en boucle les albums de Bob Dylan : « How does it feel ?/ How does it feel ? / To be on your own / With no direction home / A complete unknown / Like a rolling stone? »

Elle sentit l’arrivée en gare de Monaco. Elle pensait y distinguer les particules d’air d’une propreté à la fois enivrante et oppressante. À peine descendue du train, elle fut engloutie par une foule se précipitant vers la sortie.

– « La sortie ? Mais où se trouve “ta” propre sortie ? La cherches-tu vraiment ? »

Elle se parlait à elle-même, d’une voix quasi-inaudible, intimidée devant cet interrogatoire qu’elle s’était infligée. Pourtant, un désir latent, profond, inavouable, de se laisser aller, de se perdre et de se retrouver, prit rapidement le dessus.

En se posant ces questions, elle réalisa que le dernier aller avait été effectué. La perspective de ce trajet, inlassablement recommencé, avait pris fin, irréversiblement.

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Roue libre

Maintenant tu appuies sur l’embrayage.

Tu coupes la transmission de l’élan.

Tu entres en roue libre.

Tu n’es plus entraîné.

Tu n’es plus dirigé.

Tu n’es plus contrôlé.

Tu es libre d’avancer…

Le temps d’épuiser la force restante.

Tu es parti sur la route.

Tu crois voir un splendide soleil se lever au loin à l’horizon.

Et devant toi une séduisante descente.

Ayant en tête la simple idée de t’enfuir du mécanisme à engrenages,

Tu te jettes, en roue libre, sur cette pente,

Vertigineusement exquise.

Tu as toujours essayé de rire devant la formule d’Aristote :

L’homme est par nature un être politique. Dans une cité, il vit.

Combien de virages pourrait-il y avoir avant l’inévitable arrêt?

Qui t’amèneraient à

Des inconnus,

Des inattendus,

Ou juste des vides…?

Mais tu as tout de même décidé d’appuyer sur cette pédale,

Geste symbolique, pour toi, pas loin de porter un T-shirt Che Guevara.

Tu vas,

En roue libre,

Savourer ce fugitif festin d’échappatoires.



Jo Te-Jung Chen